Bruxelles, septembre 2012 – Au début des années 70, les banques belges avaient fait preuve d'une avant-gardiste ouverture d'esprit en s'accordant autour d'un seul standard pour les numéros de compte de leurs utilisateurs. Quelques années plus tard – en 1986 -, elles rendaient compatibles les deux cartes de paiement nationales: la carte MisterCash avait été lancée en 1977 avec le soutien de la Société Générale et du Crédit Communal; la carte Bancontact, soutenue par la CGER, la BBL et la Kredietbank, avait suivi un an plus tard. On pourrait encore évoquer le porte-monnaie électronique Proton, lancé dès 1996. Autant d'initiatives et d'accords qui démontrent l'aspect innovant de la Belgique, pour ce qui touche aux moyens de paiement. L'expertise de notre pays en ce domaine a souvent été reconnue à l'étranger. Aujourd'hui, cependant, ce statut de leader vacille. En cause: l'incapacité des acteurs concernés à s'entendre autour d'un standard pour ce qui apparaît comme un nouveau très important mode de paiement: le paiement mobile. Selon Juniper Research, près de la moitié des utilisateurs de téléphones mobiles effectueront des paiements avec leur combiné d'ici 2014.

 

L'expression "paiement mobile" - ou sa version anglaise "mobile payments" ("M-payment") - s'applique aux différentes formes de paiements initiés ou complétés via un téléphone mobile: transferts d'argent, paiement de factures, paiements en magasin, paiement à distance,…

 

Une progression phénoménale
Si, à ce stade, il ne remplace pas, mais s'ajoute aux modes de paiement que nous connaissons (argent liquide, virements, cartes de crédit, cartes de débit,…), le paiement mobile gagne très rapidement en importance. Dans une étude publiée voici quelques semaines, Gartner[1] prévoit qu'il atteindra 448 millions d'utilisateurs et générera 617 milliards de dollars d'ici 2016. Une progression phénoménale favorisée par deux éléments. "On compte aujourd'hui davantage d'abonnés au téléphone mobile dans le monde (près de 6 milliards) - que de possesseurs d'une carte bancaire (un peu plus de 4), explique Frédéric Hertogs, managing partner de Kurt Salmon Belgique. Par ailleurs, dans les pays en voie de développement, on dénombre plusieurs millions d'adeptes du téléphone mobile ne disposant pas d'accès



[1] http://www.gartner.com/DisplayDocument?ref=clientFriendlyUrl&id=2010515

à des services bancaires. En raison du coût d'installation de ces derniers, le paiement mobile ("m-payment") s'y impose tout naturellement". Ainsi, c'est en Zambie que le premier service de ce type a été créé en 2001. En 2007, le Kenya a initié le sien: M-Pesa a conquis 9,5 millions d'utilisateurs en l'espace de trois ans.

 

Un succès, plusieurs technologies

Aujourd'hui, le m-payment peut exploiter diverses technologies, chacune possédant faiblesses et atouts: NFC, SMS, Web/WAP,…

 

Selon le bureau d'études Gartner, le SMS reste la technologie dominante pour les paiements dans les pays en voie de développement. Dans nos régions, la plupart des transactions seraient réalisées via des portails Internet mobiles. Toujours selon Gartner, 88% des paiements mobiles générés cette en année en Europe de l'Ouest le seront grâce à une plateforme Web/WAP.

 

 

Le paiement via Web/WAP est utilisable sur tous les téléphones mobiles bénéficiant d'un accès Internet et a l'avantage d'une interface familière. Au plan mondial, cette formule est cependant peu utilisée.     

 

Le paiement par SMS a pour avantage d'être facile à utiliser et d'être réalisable via n'importe quel téléphone mobile. Outre les éventuels problèmes de batterie plate, ses faiblesses sont l'absence de possibilité d'encryptage, son coût d'utilisation – difficilement compatible avec de petits montants – et la dépendance vis-à-vis du réseau de l'opérateur télécom: une surcharge, une panne ou une mauvaise réception pourraient retarder ou même empêcher le paiement.

 

Le paiement via NFC est rapide (environ 15 secondes contre 34, en moyenne, pour un paiement cash et 24 secondes pour un paiement par carte) et sécurisé. Il souffre cependant de la rareté de terminaux compatibles, requiert des téléphones mobiles adéquats et nécessite la présence physique de l'acheteur sur le point de vente.

Des services à inventer

Aujourd'hui, le paiement mobile est d'abord et avant tout porté par les marchés Asie-Pacifique et Afrique. Dans les pays occidentaux, les banques sont moins enclines à développer ce qui leur apparaît comme une forme de paiement supplémentaire: avec ses obligations, avec ses coûts. En raison de l'important usage des services bancaires et du taux de pénétration élevé des téléphones mobiles, le m-payment y représente pourtant une formidable opportunité visant à utiliser les GSM d'une nouvelle manière et à profiter de nouveaux services… encore à inventer. Derrière ce flou et ces incertitudes, chaque partie mesure un potentiel susceptible d'être colossal. Mais les banques ne sont plus les seules à intervenir. Les grands noms de l'Internet et bien sûr les opérateurs télécom veulent avoir leur mot à dire.

 

Union et désunion

En février 2011, le ministre de l'Économie de l'époque – Vincent Van Quickenborne – et Febelfin (Fédération belge du secteur financier) disaient vouloir établir un nouveau standard de paiement mobile commun qui s'organiserait autour du SMS et de la technologie NFC. Un accord de principe avait été conclu avec les trois grands opérateurs de téléphonie mobile: Belgacom, Mobistar et Base.

Où en est-on un an plus tard? Nulle part: les discussions ont été arrêtées en février 2012. Et rien n'indique une quelconque volonté de les reprendre.

 

Si les banques ne prennent pas rapidement une initiative commune, elles risquent de se faire dépasser par les opérateurs télécom, qui ne voudront pas eux-mêmes se laisser prendre de vitesse par les grands acteurs de l'Internet. Google, Microsoft, eBay, Amazon et autres Facebook disposent des infrastructures et des moyens financiers nécessaires. De son côté, Apple est vue comme celle qui pourrait faire véritablement décoller la technologie NFC: il suffirait qu'elle intègre la puce en question dans sa prochaine génération de téléphones mobiles.

 

"Il n'est pas trop tard, mais il est temps" déclarait Paul-Henri Spaak voici quelque 65 ans. Pour les banques belges, pour l'économie de notre pays, tout nouveau report constituerait un baisser de pavillon et la porte ouverte aux grands conquérants étrangers.

 

 

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À propos de Kurt Salmon

Ineum Consulting et Kurt Salmon Associates se sont unis pour créer une organisation unique, intégrée et globale qui opère sur les 4 continents, sous une même marque: Kurt Salmon. Nos 1400 consultants en stratégie, organisation et management sont regroupés au sein de practices sectorielles ou fonctionnelles. Dans un environnement de plus en plus complexe, nous sommes convaincus que nous ne devons pas nous contenter d’être un cabinet de conseil. Nous voyons notre rôle comme celui d’un partenaire de confiance, qui, aux côtés de ses clients, conçoit et met en œuvre les stratégies et les solutions les plus pertinentes, à la mesure de leurs ambitions. Forts de notre expérience, notre préoccupation permanente est de leur apporter des résultats mesurables et d’assurer le succès de leurs projets, de manière significative et durable. Notre signature : l’excellence dans l’exécution.

 

Kurt Salmon est membre du Management Consulting Group (MMC).

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