L’étude « Culture & Economie ; défis et opportunités pour les entrepreneurs culturels et créatifs en Belgique » récemment menée par Kurt Salmon révèle que les industries culturelles et créatives (ICC) offrent, en Europe et en Belgique, une réponse à la crise. Elles sont porteuses d’avenir et de croissance car elles stimulent la créativité, les savoir-faire, et donc l’innovation dans toute l’économie. Elles créent des emplois, alimentent la rénovation urbaine et l’attrait de certaines villes ou régions, tout en tissant un lien social. La culture devient un élément significatif dans la compétition internationale que se livrent les territoires pour attirer les entreprises et les talents.

Cependant, si la culture est au centre de nombreux espoirs de croissance, elle n’a jamais été autant menacée de coupes budgétaires aussi sévères. Les industries créatives répondent mieux que de nombreux autres secteurs aux besoins et aux aspirations des consommateurs. Leur capacité d’innovation et de conquête d’autres secteurs d’activités montre que les industries créatives sont vitales pour maintenir la santé et la compétitivité à long terme de toute l’économie.

L’étude souligne en outre que les décideurs publics ont un rôle essentiel à jouer pour soutenir l’économie culturelle et créative, ses impacts directs de même que le rayonnement du territoire.

Les entreprises culturelles et créatives ont besoin de l’ensemble des structures de gouvernance, de concertation, et de l’attention politique dont bénéficient les secteurs de l’économie traditionnelle.

Malgré la crise, on ne peut plus ignorer les besoins et les dynamiques de l’économie culturelle en Belgique, qui représente un investissement d’avenir.

Toujours plus de culture !

Economiquement, l’empreinte de la culture s’amplifie en Europe.

Entre 2002 et 2008, l’Europe a été le plus gros exportateur de produits culturels et créatifs. En 2008, le secteur employait 3,8% de la population active totale de l’UE soit environ 8,5 millions de personnes et 4,5% du PIB de l’UE.

La culture contribue pleinement au développement durable : source de développement économique,  d’innovation et d’emploi, moins délocalisable, elle alimente la rénovation urbaine, le « place-making » et le lien social, et consomme peu de matières premières. Les industries créatives et culturelles (ICC) ouvrent de nouveaux horizons de biens et services. Elles régénèrent des industries traditionnelles et de pointe dans la création de contenus, de produits et de services à forte intensité de connaissances. La culture pense le monde de demain.

Institutionnellement, les politiques culturelles et économiques doivent se rapprocher pour innover davantage.

C’est pourquoi, la Stratégie Europe 2020 identifie les ICC comme un secteur d’avenir, de l’artisanat d’art à la culture numérique, et une source de créativité et d’innovation. De nombreux pays, régions du monde ont entamé un travail d’analyse des enjeux des ICC sur leur territoire. Un tel travail à l’échelle de la Belgique n’a pas encore été entamé.

L’heure est à l’action. 75% des entrepreneurs créatifs en Belgique, interrogés par Kurt Salmon pensent que l’industrie culturelle et créative est un secteur d’avenir, mais tout juste 51% d’entre eux pensent que la Belgique est un très bon pays pour entreprendre en culture.

Les conditions-cadre de l’épanouissement de l’écosystème créatif doivent être mises en place. Ce qui implique que les politiques publiques qui touchent au secteur culturel (culture enseignement, économie, tourisme, commerce international) devraient être mieux coordonnées et adaptées aux besoins des entrepreneurs des industries créatives et culturelles.

La Belgique a une économie culturelle et créative basée sur des TPE et PME, plutôt optimistes sur l’avenir

Notre pays est un vivier de talents et de créativité (mode, danse contemporaine, BD, musique, cinéma, art contemporain…) qui s’exportent bien. La Belgique se trouve d’ailleurs dans le top 10 des exportateurs de produits culturels et créatifs des pays développés. Mais le « made in Belgium » est méconnu à l’étranger. Une « Belgian Touch » est néanmoins soulignée par les observateurs étrangers avertis caractérisée par un goût du décalé, de l’absurde, de l’humour. Bruxelles est en passe de devenir une destination et une ville « tendance » selon le New York Times, en particulier dans l’art contemporain.

Il est aujourd’hui impossible de dégager un chiffre fiable du nombre d’emplois (ETP) dans les ICC en Belgique, faute de cadre statistique structuré. Néanmoins, en Flandre, près de 70 000 personnes seraient actives dans ce secteur.

De l’enquête en ligne Kurt Salmon, il ressort que tout comme dans le reste de l’Europe, le secteur de la culture reste très atomisé en Belgique : les très petites entreprises y sont surreprésentées. 76% des entreprises interrogées ont moins de 5 employés (tous n’étant pas des emplois purement créatifs). 6% de « grandes entreprises » contribuent à plus de 75% du chiffre d’affaires global du panel.

Si certains secteurs souffrent plus de la crise et constatent une baisse de consommation de biens créatifs, d’autres secteurs profitent de la révolution numérique.

50% des répondants disent ne pas avoir subi l’impact de la crise de 2008. Globalement, l’avenir est à l’optimisme : 63% attendent une hausse de revenus dans les années à venir et 30% qui pensent recruter prochainement.

Le règne du système D après des études peu axées sur la gestion et la communication

Entreprendre et réussir dans la culture, c’est être capable de réconcilier deux logiques encore antagonistes : la dimension de création (l’art pour l’art) et la dimension économique (vivre de son art). L’étude met en exergue la nécessité de mieux reconnaître dimension entrepreneuriale des métiers de création. La formation initiale doit être adaptée aux besoins du terrain de l’entreprenariat culturel et créatif et à ses défis actuels.

Seulement 17% des répondants à l’enquête estiment avoir été bien préparés à devenir entrepreneur dans l’économie mauve (nouvelle alliance entre culture et économie). Précisément, hormis les compétences artistiques incontournables, les compétences managériales (73%), les relations publiques et presse (61%) ainsi que les compétences en administration/finance (38%) sont considérées comme les plus essentielles.

Seuls 33% des répondants résidant en Wallonie, 18% en Flandre et 11% à Bruxelles estiment avoir été bien préparés aux compétences managériales, pourtant ressenties comme fondamentales.

Dès lors, une réflexion s’impose sur les compétences idéales de l’entrepreneur créatif, sur les formations initiale et continue. Des entretiens qualitatifs, il ressort que l’entreprenariat culturel et créatif requiert des compétences sur 3 dimensions, les deux premières étant à renforcer : l’entrepreneuriat, la communication (notamment la connaissance de l’anglais) et la créativité. 

Les entrepreneurs créatifs interrogés ont recours au « système D » (amis, famille, entreprises privées) plutôt qu’aux structures d’aides publiques ou aux associations professionnelles.

72% des répondants pensent que les entreprises culturelles et créatives ne sont pas suffisamment bien épaulées par leurs associations professionnelles. Souvent, les entreprises du secteur ne se retrouvent plus dans la profusion de structures et d’aides disponibles. Pour aider le secteur du design par exemple, il n’y a pas moins d’une vingtaine de structures en Wallonie. En outre, les activités créatives englobant plusieurs secteurs ICC, ou celles, plus récentes (webdesign), ne se retrouvent pas forcément dans ce paysage foisonnant de structures intermédiaires fonctionnant souvent en silos.

Des difficultés d’accès au financement pour 85% des entreprises des industries créatives et culturelles  en Europe

Un des obstacles majeurs rencontrés par les professionnels des secteurs créatifs est l’accès au financement. En Europe, 85% des entreprises des industries créatives et culturelles éprouvent des difficultés à trouver des financements. La Belgique suit cette tendance : près de 88% des répondants estiment que l’accès à des sources de financement externes (hors fonds propres) est difficile.

Les entreprises culturelles et créatives sont d’abord financées en fonds propres et par des « friends, family and fools ». Les solutions de financement privées sont peu connues des ICC. Les banques restent frileuses face aux ICC, perçues à tort comme un secteur à risque. La recherche de financements mixtes public-privé croît, mais se heurte encore souvent à la méfiance réciproque entre les investisseurs privés et les créatifs, faute d’un langage commun.

Les décideurs publics ont un rôle essentiel pour piloter dans la transparence et la responsabilité l’argent public sur ce secteur, augmenter et réguler l’engagement du milieu des affaires auprès du monde culturel. Le système des « creative credits », une fiscalité culturelle révisée, et de la canalisation de l’épargne des particuliers sont, par exemple, des pistes à explorer plus avant.

Une nécessaire clarification du rôle des acteurs publics et des acteurs intermédiaires

La culture et l’économie fonctionnent encore en silos, même si une prise de conscience récente est en œuvre pour une meilleure cartographie des acteurs intermédiaires et la mise en place de structure transdisciplinaire (Flanders DC, Sta’rt, ….). Le soutien financier public est globalement considéré comme difficile à obtenir et peu transparent, quelques soient les régions.  Ceux qui ont introduit une première demande ont souvent été déçus du résultat obtenu par rapport aux efforts fournis et n’ont plus retenté l’expérience. Le processus d’obtention de subsides est considéré comme trop complexe, long et peu adapté aux spécificités des différentes entreprises ICC. Les entretiens menés mettent aussi en exergue une certaine tendance au « saupoudrage » des aides financières par les institutions publiques, ce qui empêche le développement de projets ambitieux. Enfin, les fonds publics alloués aux ICC feraient l’objet d’un suivi insuffisant (indicateurs d’impacts, de performance…).

Plus de clusterisation et de fertilisation croisée pour innover

Les industries créatives et culturelles ont un rôle à jouer dans la stimulation de l’innovation. Dans l’enquête, Kurt Salmon a pu constater que les entreprises créatives et culturelles belges ont compris l’intérêt de travailler ensemble puisqu’une entreprise créative sur deux engage des partenariats dans le but de coopérer sur un projet commun et stimuler l’innovation.

Néanmoins, seulement 8% des entreprises culturelles et créatives s’ouvrent à des projets collaboratifs avec des entreprises de l’économie traditionnelle. Le design est ici particulièrement propice à des projets collaboratifs avec l’économie traditionnelle. Le soutien aux « clusters » - économie d’échelle, partage de connaissance, émulation, innovation et concentration de la masse critique d’une expertise dans un pays - et aux « livings labs » - R&D par les usagers - sont deux moyens pour stimuler l’innovation.

Le coût du piratage et la défense du droit d’auteur

La contrefaçon massive des contenus numériques soumet les entreprises culturelles et créatives à un nouveau danger: le piratage. 90% de la création circulant sur Internet ne serait pas rémunérée. Un débat se pose quant aux outils juridiques & techniques à adapter : faut-il embrasser la nouvelle ère de « free culture » où le droit d’auteur est dépassé ? Ou bien faut-il appliquer le droit d’auteur de force en alliant les outils juridiques aux outils techniques disponibles sur le marché ?

Plusieurs options ont été identifiées, sans qu’un consensus ne se dégage sur les modalités de protection du droit d’auteur. Pourtant la protection de la création est nécessaire pour préserver les emplois actuels et futurs dans les ICC tout en préservant l’accès à la culture. 66% des répondants de l’enquête en ligne de Kurt Salmon reconnaissent l’importance de la souscription aux droits d’auteurs, tant pour le bénéfice économique que le droit moral associé.

Une internationalisation des entreprises à optimiser

Quant à l’internationalisation des ICC belges, la majorité des répondants (62%) sont déjà présents à l’étranger mais la part du chiffre d’affaires de cette présence reste modeste : 58% des entreprises exportatrices réalisent moins de 20% de leur chiffre d’affaires à l’export, en direction de l’Europe d’abord.

Les marchés émergents (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud et Moyen-Orient) percent notamment dans les gammes luxe.

La majorité des entreprises exportatrices interviewées souhaite un soutien financier de la part des pouvoirs publics, plus d’opportunités de rencontre (missions économiques..), et une action à l’international plus adaptée aux réalités du terrain de la part des autorités publiques.

Parallèlement, pour Bruxelles, le city-marketing et la mise en valeur exhaustive de l’offre culturelle (institutionnelle, insolite, et d’avant-garde) pour les touristes/expatriés restent une pierre d’achoppement.

La culture est un vecteur de croissance

L’Etude « Economie & Culture » conclut que la culture a prouvé qu’elle pouvait être un vecteur de croissance qui contribue à la dynamique de l’économie générale d’une ville, d’une région, au point de devenir un élément significatif dans la compétition internationale que se livrent les territoires pour attirer les entreprises, les talents, les touristes….

Des entretiens, de l’enquête en ligne et des retours d’expériences internationales, il s’avère essentiel de :

  1. Mieux connaître l’économie créative et culturelle et évaluer en continu les actions de soutien
  • en identifiant avec rigueur les volumes statistiques et les évolutions en termes d’emplois, de création d’entreprises, de contribution au PIB…;
  • en faisant un suivi continu des actions de soutien et en mettant en place un baromètre global, transparent et indépendant, d’indicateurs de « succès » de l’ICC
  • en évaluant en continu les politiques de soutien à l’économie créative et culturelle : ces mappings, évaluations et benchmarking, exercices de prospectives permettraient d’objectiver les débats avec la société civile grâce à des rapports publics, à l’instar des études d’impacts des programmes européens ou des capitales européennes de la culture.
  1. Rassembler les forces vives des industries créatives et culturelles
  • Mieux coordonner les actions entre politiques publiques impactant l’écosystème créatif (culture, tourisme, éducation, économie, recherche…) et entre niveaux de pouvoir, pour mieux stimuler ce nouveau moteur de créativité et d’innovation.
  • La création des espaces, des moments (participation à des missions économiques…), des outils de rencontre (Forums…) et d’une plateforme transdisciplinaire entre les

industries créatives et culturelles, au moins au niveau de chacune des régions permettrait une meilleure visibilité internationale et nationale, une simplification administrative, des économies d’échelle, des échanges latéraux de savoirs, d’opportunités.

Les entrepreneurs belges rencontrés en témoignent. Les ICC ont besoin de l’ensemble des structures de gouvernance et de l’attention politique qu’ont les secteurs de l’économie traditionnelle.

  1. a culture est une économie en soi qui suppose une coordination des actions entre politiques (culture, tourisme, éducation, économie, recherche…) et entre niveaux de pouvoir, pour mieux stimuler ce nouveau moteur de créativité, d’innovation, d’emplois dans le secteur privé.

Malgré la crise, on ne peut plus ignorer les dynamiques de l’économie culturelle en Belgique, qui représente le futur. Le débat sur les priorités d’action et de coordination doit être ouvert, large, transparent, et objectivé.

Contacts :

Anne Magnus – Senior Consultant Economic Development & Innovation Kurt Salmon

anne.magnus@kurtsalmon.com

M +32 (0) 498 93 24 39

 

Frédéric Hertogs – Managing Partner Kurt Salmon

frederic.hertogs@kurtsalmon.com

M +32 (0) 2 663 79 20

 

Laurence Hannon – Account Director MindShake PR

laurence@mindshake.biz

M +32 479 63 00 02

 

A propos de Kurt Salmon

Le 1er janvier 2011, Ineum Consulting et Kurt Salmon Associates se sont unis pour créer une organisation unique, intégrée et globale qui opère sur les 5 continents, sous une même marque: Kurt Salmon. Nos 1600 consultants en stratégie, organisation et management sont regroupés au sein de practices sectorielles ou fonctionnelles. Dans un environnement de plus en plus complexe, nous sommes convaincus que nous ne devons pas nous contenter d’être un cabinet de conseil. Nous voyons notre rôle comme celui d’un partenaire de confiance, qui, aux côtés de ses clients, conçoit et met en œuvre les stratégies et les solutions les plus pertinentes, à la mesure de leurs ambitions. Forts de notre expérience, notre préoccupation permanente est de leur apporter des résultats mesurables et d’assurer le succès de leurs projets, de manière significative et durable. Notre signature : l’excellence dans l’exécution. Kurt Salmon est membre du Management Consulting Group (MMC).