Comme promis dans le dossier sur le Facilities Management : regards croisés sur le marché INPI, découvrez cette semaine l’interview d’Herminio LOPES, Chef de projet FM chez COFELY Services, Groupe GDF SUEZ.

Pour exécuter des prestations de services, la personne publique peut faire appel à des prestataires. Dans un contexte très réglementé par le code des marchés publics, quelle est votre vision des passations de marchés en environnement public ?

Il est vrai que la réglementation en vigueur est très importante et très complexe et laisse peu de place à l’échange d’informations direct entre la personne publique et le candidat, ce qui peut provoquer des erreurs d’interprétations ou d’appréciations des besoins. Cette situation est délicate dans notre métier de « FMeur » car celui-ci nécessite précisément beaucoup d’échanges avec le client afin d’assurer les meilleures prestations de services aux occupants et le bon fonctionnement des bâtiments.

Aujourd’hui il nous semble donc important d’échanger davantage avec la personne publique. Cette nécessité d’échange est accrue par le fait que beaucoup de procédures classiques privilégient le critère « prix » au détriment de la qualité technique de la prestation. Il nous apparaît comme indispensable d’étudier d’autres procédures que les procédures classiques (du type Appel d’offre ouvert ou restreint) afin d’introduire plus de dialogue et sortir du seul prix comme critère de choix et de réajuster l’offre et la demande.

Dans cette perspective de plus d’échanges avec la personne publique, la procédure de Dialogue Compétitif vous paraît-elle être un bon support ?

Oui, sans aucun doute. Le Dialogue Compétitif (DC) apporte cette possibilité d’échange que ne permet pas un Appel d’Offre classique. De notre point de vue, le DC initie une démarche vertueuse qui facilite la réflexion conjointe amenant à mûrir les besoins mais aussi à introduire et proposer des solutions innovantes et enfin à réduire les erreurs d’interprétations et les écarts entre les besoins et les attentes exprimées par la personne publique et la réponse que nous lui apportons. Ainsi le DC favorise le partage progressif de la vision du client et de celle du candidat sur le projet, même si, pour aboutir à cette vision partagée, ce type de procédure demande un délai de réalisation plus long qu’un Appel d’Offre classique. Mais le jeu en vaut la chandelle si l’on veut proposer des offres qualitatives répondant pleinement aux besoins du client. Et dans ce cas, le client pourra alors faire jouer le critère « prix » en étant assuré de choisir une prestation en adéquation avec ses attentes.

Vous avez vécu le Dialogue Compétitif pour le projet de mise en place d’un marché FM Global pour le nouveau siège de l’INPI situé à Courbevoie. Quels sont les principaux enseignements que vous avez retirés de cette expérience ?

Le projet INPI a été pour nous une nouvelle occasion de nous améliorer. En effet lors du dialogue, il nous a semblé opportun d’agir sur le fond et sur la forme de notre offre.

Sur le fond car le dialogue nous a poussé à revisiter et à remodeler notre offre FM mais aussi à proposer des solutions innovantes en phase avec les objectifs stratégiques de l’INPI, notamment ceux sur le développement durable. Cette innovation n’a pu se faire qu’au travers de l’échange qui a été instauré, de fait, par la procédure de dialogue compétitif. Cette phase d’échange a permis également de mieux appréhender les besoins futurs liés à un bâtiment en construction de très haute technicité (HQE BBC Energie positive) et de minimiser les écarts liés à un projet de construction neuve.

Sur la forme, la liberté du choix du support de réponse alliée à la structure du cadre de réponse nous a permis de personnaliser au maximum notre façon de répondre et de présenter notre offre FM. Nous avons fait le choix de répondre sur un support power point ce qui nous a contraint à centrer davantage notre offre sur des messages plus concrets et plus opérationnels en les adaptant sur-mesure aux problématiques de l’INPI. Ce choix s’est avéré gagnant et nous sommes heureux d’accompagner l’INPI aujourd’hui.

Avec votre expérience et le recul sur de nombreux projets FM, quel avenir accordez-vous au Facility Management dans le secteur public ?

Il semble que les marchés de type FM global (services aux bâtiments et aux occupants) tendent à se développer, bien qu’à ce jour il y ait peu d’appels d’offre FM en cours.

Cependant les métiers sont de plus en plus complexes et cela nécessite de faire évoluer les organisations. La personne publique n’échappe pas à ce constat, et elle se doit d’adapter son organisation et ses services, notamment ceux qui restent cloisonnés. Très souvent elle cherche à calquer l’organisation de ses services généraux sur celle du secteur privé dans le but de recentrer son activité sur le métier et sa mission principale de service public. Pour cela au travers d’un marché FM, la personne publique actionne le levier de la réorganisation en refondant ses services généraux autour d’un pilote FM et d’une structure miroir face aux équipes du FMeur et en profite pour trouver des marges de manœuvres nouvelles.

D’un part, il semble que la construction ou l’emménagement dans un site neuf soit une bonne occasion pour la personne publique de passer au Facility Management. Des projets comme celui de l’INPI mais aussi ceux du Musée du Quai Branly, de Balard ou du futur TGI de Paris en sont de parfaites illustrations.

D’autre part un marché FM global est un moyen pour la personne publique de se libérer d’activités en périphérie de sa mission principale et de déléguer certaines obligations liées à sa position de contractant (notamment sur le volet social) à des prestataires privés (obligation de reprise des personnels de nettoyage, de sécurité et de restauration)

Enfin le renforcement des contraintes financières et la mise en œuvre de politiques budgétaires de plus en plus strictes dans l’environnement public laissent supposer que le Facility Management est un bon levier de rationalisation des organisations et d’amélioration de la performance opérationnelle pour la personne publique.

Propos recueillis par Etienne Vendeville, Manager, expert FM chez KURT SALMON

etienne.vendeville@kurtsalmon.com

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+ Interview de Sophie SPILLIAERT, Directrice Administration Finances de l’INPI

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