Un beau parc d’activités arboré suffit-il pour attirer les entreprises ? évidemment, non, la mise à disposition de foncier économique ne fait pas une politique de développement économique. Elle en constitue un des volets mais d’autres facteurs sont déterminants : la profondeur et niveau de qualification du bassin d’emploi ou ce qui va souvent de pair, la proximité des clients et/ou d’un bassin de population important ; le déplacement ou le rééquilibrage de l’outil de production d’entreprises européennes vers l’Asie (vers « leur marché de croissance ») constituant une illustration de ce dernier phénomène. Les conditions matérielles proposées par le territoire entrent également en ligne de compte : les coûts de production (incluant la main d’œuvre, le coût du foncier, les coûts de l’énergie, la fiscalité), la desserte, la qualité de la localisation sur le chemin logistique, la présence d’un réseau de partenaires (d’un écosystème dirait les consultants), l’accès à l’énergie, …
Une fois ces quelques précautions posées, revenons sur le sujet des conditions d’accueil des entreprises à vocation industrielle. Pour faire simple, ces entreprises sont pour l’essentiel hébergées dans des zones d’activité dédiées (ex : ZAI) ou plus marginalement en milieu urbain, sur leur site historique, ce qui pose alors les questions de la cohabitation entre activités productives et citadins et de la concurrence des marchés immobiliers toujours en défaveur du foncier industriel.

La création des zones industrielles dédiées date des années 60. En mordant sur le foncier agricole, on répondait à la demande des industriels pour des emprises foncières importantes, abordables, offrant des capacités d’extension. Ce mouvement rapide n’a pas échappé à certaines dérives que l’on retrouve pour le logement par exemple, avec la logique des grands ensembles : pour répondre à la demande et à la forte croissance des 30 glorieuses, on a apporté une réponse essentiellement quantitative et extensive en réservant des terrains bien desservis avec des voiries généreuses, des réseaux, sans réflexion aboutie sur les services, l’animation, l’insertion urbaine.

La donne a aujourd’hui changé : les hommes, les entreprises ne travaillent plus de la même manière, la croissance n’est (provisoirement ?) plus là et impose d’autres recettes, la consommation extensive du foncier n’est plus possible. Le terme même de « zone », appliquée à l’industrie comme au commerce d’ailleurs, illustre bien la logique aujourd’hui révolue de spatialisation à l’extrême et de séparation des fonctions.

Alors, comment prendre la mesure de ce changement de paradigme ?

Faisons entrer les urbanistes, paysagistes et architectes dans les parcs d’activité

Bien sûr, l’isolement de ces activités reste souhaitable pour éviter les difficultés que génèrent la cohabitation entre activités productives et habitat : les nuisances (bruit, odeurs, …), le trafic généré par l’activité industrielle sont tôt ou tard un frein et le retour en arrière du résidentiel n’est jamais possible. Mais beaucoup de ces zones sont désormais très proches du tissu urbain et /ou positionnées en entrée de ville : dès lors, requalifier, imaginer une porosité entre parc d’activité et ville, travailler sur les services, répondent autant à des impératifs esthétiques d’aménagement urbain qu’à la demande des entreprises et de leurs salariés.

Densifions, mesurons l’impact économique et social des entreprises hébergées

Toutes les fonctions industrielles doivent pouvoir trouver place sur le territoire, y  compris celles gourmandes en foncier à faible intensité d’emplois (ex : logistique). Ne pas tenir compte de cette réalité ne fait que renforcer les déséquilibres et augmenter les temps de transport. Néanmoins, il est légitime de s’interroger sur l’efficacité du foncier industriel. En clair, mesurer l’impact économique et social des entreprises en termes de valeur ajoutée, d’emplois ou de revenus indirects devient une nécessité pour éviter de naviguer à vue et réserver le foncier le plus rare aux entreprises fortement contributrices ; la contribution des entreprises pouvant se mesurer en termes économique (valeur ajoutée, revenus indirects), social (emplois créés) ou d’exemplarité (optimisation du foncier, gestion des déchets, …).

Accompagnons la croissance endogène plutôt que de suivre la tendance

Tous les territoires veulent leur parc technologique, tous les territoires veulent se positionner sur les biotechnologies, la recherche ou les services à forte valeur ajoutée. Bien sûr il n’est pas anormal d’avoir de l’ambition et ces sujets ne sont pas réservés à une élite mais est ce bien réaliste ? et surtout, comment éviter que cette logique ne revienne pas à faire du dumping, en exacerbant la concurrence entre territoires pour attirer les mêmes entreprises, répliquant sur le territoire national et européen la compétition qui fait rage à l’échelle mondiale ?

L’innovation, dont tout le monde parle sans en faire beaucoup, consiste peut être à se pencher sur les entreprises locales, en mettant en place les conditions pour les faire grandir. Bien souvent, la vision des secteurs d’activité représentés sur une zone d’activité n’est pas formalisée, les synergies entre acteurs de même secteur (ou de même filière) ne sont pas accompagnées ou pas structurées. C’est notamment vrai pour les zones d’activité de première génération, où l’implantation a été faite de manière empirique et où la gouvernance, l’animation sont moins fortes. Et les futurs relais de croissance et d’emplois (les entreprises « pépite ») ont bien plus de chances de se trouver sur le territoire que dans un ailleurs idéalisé.

Plus facile à dire qu’à faire ? sans doute, mais essayons d’abord…

Article rédigé par Yann Milton, Senior Manager

yann.milton@kurtsalmon.com

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