Le numéro d’avril d’Alternatives Economiques[1] consacre un dossier au principe du « vivre mieux sans croissance » dans lequel sont développées plusieurs propositions dans différents domaines : le logement, l’énergie, les dépenses publiques…et de la santé. En proposant dans ce domaine d’évoluer vers un « système de santé plus sobre », ce dossier s’intègre dans la réflexion actuelle sur « se soigner moins pour se soigner mieux ».

Le postulat de départ est le suivant : de manière générale, la croissance ne serait pas le seul vecteur de bien-être des populations. De nouvelles pistes sont à explorer. Pour fonctionner, ces pistes auront un point commun : obliger les populations à apprendre à partager.

L’économiste Tim Jackson[2], parmi ceux qui prônent la « prospérité sans croissance », précise que l’atteinte de ce nouveau modèle implique un triple changement :

  • La réorientation de nos modes de production vers des modes plus inclusifs en travail et moins consommateurs de matières premières
  • Le rééquilibrage des modalités de répartition des revenus, partant du principe qu’un ralentissement de la croissance sera socialement accepté si elle s’accompagne de moins d’inégalités
  • Le changement de nos modes de consommation pour réduire l’accumulation individuelle de biens au profit d’une consommation plus rationnelle, centrée sur la valeur d’usage des biens

En matière de santé le constat est fait que la quantité de soins consommée ne suffit pas ou plus à améliorer ni même à garantir un bon état de santé. Les comparaisons internationales le prouvent, nombres de pays enregistrent des résultats de santé équivalents voire meilleurs, tout en consacrant moins de ressources pour la santé de leurs habitants.

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Source données graphique : http://www.oecd.org/els/health-systems/OECDHealthData2012FrequentlyRequestedData_Updated_October.xls

En s’appuyant sur les bases du modèle proposé par Tim Jackson (modification des modes de production et de consommation, réduction des inégalités), Alternatives Economiques cible 2 propositions dans le domaine de la santé :

  • Passer d’une organisation des soins dominée par une logique libérale à des formes d’organisation plus intégrées dans l’esprit des maisons de santé
  • Dépasser le modèle du « tout-curatif »pour concentrer notre investissement en matière de santé sur la prévention. Deux axes majeurs :
    • Réduire notre consommation de soins médicaux et de médicaments
    • S’attaquer aux causes des maladies, appelées « déterminants de santé » aux premiers lieux desquels la qualité de vie et la pollution environnementale à l’origine de nombreuses maladies chroniques qui touchent massivement nos populations, notamment les plus défavorisées.

Ces propositions ne sont pas nouvelles, mais les changements qu’elles supposent sont profonds :

  • Une plus forte reconnaissance des professions de santé intervenant dans les soins primaires/ambulatoires
  • Un modèle de santé fondé sur la prévention (qui représente pour l’instant moins de 3% du budget global de la santé en France…)

Plus globalement il s’agirait de placer les soins primaires au cœur du système. Or, ce modèle encore trop peu soutenu par une réelle volonté politique, se heurte toujours à de fortes résistances tant des professionnels de santé et que des acteurs économiques.

Coline Fort


[1] Alternatives Economiques, n°323, Avril 2013, p.53-64

[2] Economiste anglais, auteur de l’ouvrage « Prospérité sans croissance »

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